LE livre que j’aurais aimé que mon prof de politique me fasse lire.

Couverture Dans l'ombre

Je suis un apparatchik. Dans mon monde, les politiques et les apparatchiks vivent ensemble. Ni les uns, ni les autres ne peuvent survivre seuls. L’apparatchik, c’est un guerrier qui sert un maître, un professionnel qui connaît son milieu, qui utilise ses armes, qui pare les coups qu’on veut porter à son patron. C’est un mécanicien, un organisateur, un inspirateur, un souffleur. C’est le bras, les oreilles, les jambes et parfois le cerveau du politique. 

Dans l’ombre, c’est l’histoire d’une campagne présidentielle pas comme les autres. Une campagne qui bascule dans la violence, troublée par des rumeurs de primaire truquée. Le narrateur, un apparatchik, raconte tout : la campagne qu’il mène auprès de son Patron, ses collègues, la violence inhabituelle autour de lui, son métier et, plus généralement, le fonctionnement de la vie politique.

Le côté polar est divertissant, intéressant dans un contexte politique, bien que le suspense ne soit pas toujours à son comble. Je me suis laissée porter par l’intrigue, au fil des indices et découvertes. Je suppose que le dénouement pourrait paraître évident aux yeux de certains lecteurs, mais il semblerait que ma naïveté l’ait emporté. Ainsi, je n’ai rien deviné avant que tout ne soit dévoilé. C’est toutefois assez prenant, de par les informations sur la politique distillées à chaque page et les révélations survenant au fur et à mesure. Peut-être aussi parce que je n’avais jamais lu de polar politique et que la nouveauté m’a emballée.

Du côté des personnages, j’ai mis du temps à m’attacher au narrateur, mais son humour sarcastique l’a emporté. J’ai aussi essayé de déceler ses fêlures profondes, d’analyser ses réflexions et pensées. En bref, j’ai été voir l’homme derrière le masque politique. Ce que j’essaie de faire avec les hommes et les femmes politiques en général, parce qu’une fonction ne détermine pas la personne.

Il faut aussi dire que tout est fait pour que le lecteur se méfie de tous les personnages constituant l’entourage du Patron. Le narrateur met en doute leur sincérité, à un moment ou à un autre. Difficile de s’attacher à eux dans ces conditions, mais ils sont tous particulièrement travaillés ; les auteurs ont le souci du détail. C’est l’un des points forts de ce roman. Le personnage de Marilyn est sans conteste mon préféré. 

Je ne parle pas plus de l’intrigue et des personnages, pour ne rien vous révéler 😉

Un bon polar, c’en est un qui vous parle d’un milieu, qui décrit, analyse la société, ou une partie de celle-ci. Vous l’aurez compris, Dans l’ombre décrypte le milieu politique. Bien sûr, si le sujet ne vous intéresse pas, vous aurez du mal à apprécier votre lecture. Cependant, Dans l’ombre constitue le livre parfait pour en apprendre plus sur ce domaine parfois tabou, souvent rejeté par la population. Il est bien plus utile (et intéressant) que tous les manuels scolaires que l’on peut vous proposer. Ça semble normal, les deux auteurs faisant partie intégrante de la politique, mais ils auraient pu se contenter d’en dire le minimum, de se concentrer uniquement sur l’intrigue, de choisir un narrateur extérieur au milieu… Au lieu de quoi on se retrouve avec tous les travers, les us, les coutumes, les règles explicites et implicites du milieu. Si on m’avait appris tout ça dans mes cours de politique au lieu de m’apprendre… je ne sais plus quoi, j’aurais été beaucoup plus intéressée et motivée (mes cours m’ont tellement servi que j’avais 100% aux examens sans réviser, et que je ne me souviens plus du tout des thèmes abordés…).

En choisissant un apparatchik pour narrateur, Édouard Philippe et Gilles Boyer mettent en lumière ces gens de l’ombre, souvent peu connus de la population, mais ô combien importants. Ce point de vue est instructif, nous en apprend sur un poste dont on parle peu.

Finalement, des critiques ont été émises contre ce roman (plus généralement contre Édouard Philippe, d’ailleurs…), indiquant qu’il était sexiste… Pour avoir lu le roman, donc les passages cités par ces critiques, je crois que ces critiques sont fausses et qu’il faut savoir lire un livre dans son intégralité avant de le juger. C’est facile de vouloir trouver des points négatifs au Premier Ministre dès son arrivée, au point de presque oublier qu’il n’est pas le seul à avoir écrit le roman et que narrateur ne veut pas obligatoirement dire auteur. Je pense notamment à un passage où le Patron, suite à des insultes émises envers une femme, explose en disant qu’il n’accepte pas que l’on parle d’une femme de cette façon, passage contredisant quelque peu les critiques lues (il semble donc que certaines personnes éprouvent de la difficulté à tourner des pages…).

Je vous conseille donc ce roman si vous avez envie d’en apprendre plus sur la politique, notamment sur les campagnes électorales. À lire aussi si vous aimez les personnages cyniques et sarcastiques 😉

594 pages. Le livre de poche.

 

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