Les réécritures de contes pullulent dans les librairies. On pourrait presque dire qu’il s’agit d’un genre, et d’un genre bien à la mode. Aujourd’hui, je vais vous parler de trois réécritures de Cendrillon, basées parfois sur autre chose qu’uniquement le conte d’origine, qui nous montrent tout ce qu’on peut faire avec une seule histoire (no spoil).

Petite anecdote dont vous ferez ce que vous voulez : en écrivant le début de l’article, Spotify a mis Face à la mer de Calogero et Passi, j’ai donc pu entendre « trop peu de bonnes fées et trop de Cendrillons ». Le hasard fait parfois bien les choses, comme on dit.

La première réécriture que j’ai lue est aussi celle que j’ai achetée en dernier. Il s’agit de Cendrillon & moi : La belle-mère parle enfin de Danielle Teller. Vous pouvez l’imaginer en lisant le titre, l’auteure ne se concentre ici pas uniquement sur Cendrillon, voire presque pas en fait, mais plutôt sur sa belle-mère, ici nommée Agnès. C’est effectivement la vie de cette dernière qui est racontée dans le roman, depuis sa jeunesse jusqu’où s’arrête le conte, du moins de la façon dont Danielle Teller a remanié la fin. On trouve aussi quelques chapitres qui sont des pages de journal intime d’Agnès au présent, alors que Cendrillon est à la cour. 

Bon, je dois dire que j’ai eu du mal à véritablement entrer dans l’histoire. Les méchants sont généralement des personnages dont j’aime connaître la vie, et il est vrai que l’on peut ici ressentir un peu plus d’empathie envers celle que l’on considère généralement comme la pire marâtre possible. Cela étant, le roman traîne un peu en longueur… surtout lorsqu’on a lu la quatrième de couverture, qui en révèle trop, ce qui fait que l’on devine pas mal de choses longtemps avant qu’elles ne se produisent. Bref, ne lisez pas la quatrième de couverture, ou oubliez-la et attendez avant de lire le livre. 

Au bout d’un moment j’ai quand même fini par apprécier ma lecture, en la prenant vraiment comme un divertissement pur. Si je trouvais le style (ou la traduction) prétentieux(se) au début, parce qu’on aurait dit quelqu’un imitant le style des grands auteurs classiques sans y parvenir, j’ai fini par laisser tomber ce détail. Malheureusement, je dois dire que, deux ou trois mois plus tard (oui, j’ai bien tardé avant d’écrire mon avis), j’ai oublié la majorité du bouquin. Souvenir périssable. 

Une réécriture qui s’accompagne en réalité d’une sorte de préquel. La réécriture elle-même n’arrive que vers la fin ; peut-être est-ce d’ailleurs trop tard. Peut-être l’histoire d’Agnès n’est-elle pas si utile, finalement. Est-ce que cela m’a réellement influencée dans ma réflexion sur le personnage ? Pas vraiment, non. Lui donner des qualités, c’est bien, tout le monde en a, après tout. Lui donner des origines pauvres, ok. Mais à part ça ? Bof.

Couverture Cendrillon et moi : La belle-mère parle enfin

Deuxième réécriture : Oser ses rêves, d’Elizabeth Lim. Réécriture d’une adaptation : celle de Disney. Il s’agit en effet d’un livre de la collection Twisted Tales proposée par Disney, collection qui reprend chaque fois un film Disney en y modifiant un élément. Ici, c’est la fin qui est changée : Cendrillon ne peut prouver que la pantoufle de verre lui appartient. Suite à quelques péripéties, Cendrillon trouve du travail au château, et découvre l’envers du décor et de nombreux secrets.

C’est une lecture que j’ai trouvée très agréable, simple, qui me donne envie de découvrir les autres tomes. Celui-ci n’est pas parfait, quelques éléments sont comment dire… too much, et quelques dénouements apparaissent bien facilement, mais pour un moment sans prise de tête avec des nouveautés dans l’histoire, vous êtes au bon endroit. Le prince est certes toujours incapable de reconnaître celle dont il est tombé amoureux, mais je pense que c’est là l’un des clins d’œil faits au dessin animé, tout comme les pensées de Cendrillon qui aimerait tant que les souris puissent l’aider.

Dans Oser ses rêves, les animaux ne parlent pas, mais la magie existe et Elizabeth Lim a semble-t-il voulu creuser cet aspect. En effet, la marraine de Cendrillon lui apprend que la magie a été interdite dans le royaume. J’ai bien aimé cet ajout, cette peur des fées qui a été communiquée aux habitants par le duc principalement. Une Cendrillon qui se bat pour la tolérance et la justice, même si ça reste très soft, on dit « oui ! ».

De nouveaux personnages font leur apparition, bien entendu, mais ceux du dessin animé ne sont pas en reste. Certains jouent un très grand rôle, on creuse un peu plus le passé du prince, qui veut apporter un peu de modernité au royaume. Bref, c’est sympa, ça se lit vite et bien, malgré les facilités, qui ne m’ont cependant pas étonnée.

Couverture Oser ses rêves

Enfin, j’ai lu le tome 1 des Chroniques lunaires de Marissa Meyer : Cinder. On part ici sur une récriture totalement différente, puisqu’il s’agit de science-fiction. En effet, Cinder (Cendrillon, donc) est un cyborg dans un futur plus ou moins lointain, et habite Néo-Beijing. Les pays de la Terre ont été totalement remaniés, et sont malheureusement en proie à une pandémie de létumose, qui tue sans exception et pour laquelle aucun remède n’est encore trouvé. Les « anciens » humains ont colonisé la Lune, et sont en conflit avec les Terriens.

En ce qui concerne le lien avec Cendrillon, je trouve qu’on est sur une adaptation franchement plaisante. Cinder est certes sous le joug de sa belle-mère, et a deux demi-sœurs, Pearl et Peony, mais s’entend très bien avec cette dernière. Dans un monde où la technologie a pris le dessus, Cinder a pour amie un androÏde avec puce de personnalité, Iko, qui sert sa famille. Cinder est aussi celle qui rapporte le salaire à la maison, en étant mécanicienne. Elle est très débrouillarde et assez connue pour ses talents : c’est à elle que viendra s’adresser Kaito, le prince, pour raccommoder son androïde défectueux et si précieux pour lui. Il y a aussi un bal, et on reconnaît divers éléments du conte d’origine à travers le récit, mais tout cela fait sans lourdeurs.

Autrement, c’est un livre qui se lit très vite, même s’il faut tout de même rester concentré car Marissa Meyer pose les bases de son univers, et celles-ci sont assez complexes. J’avoue avoir beaucoup pensé à Katniss Everdeen de Hunger Games en voyant Cinder (et les relations entre sœurs sont semblables aussi). Je trouve Cinder beaucoup plus intéressante que la Cendrillon du conte, bien plus débrouillarde, caractérielle, voire intelligente, dans un sens. Bref, j’ai passé un très bon moment, et je me jetterai rapidement sur la suite des Chroniques lunaires !


Voilà pour ces récritures du conte de Cendrillon, chacune assez différente et pour des publics un peu différents également. La première s’adresse plutôt à des lecteurs de littérature contemporaine, la deuxième aux fans de Disney, et la dernière à ceux qui aime la science-fiction. J’ai trouvé très intéressants de lire ces différentes récritures/adaptations, et j’aimerais beaucoup savoir si vous en connaissez d’autres, ou si vous avez lu celles-ci !