Un titre évocateur, qui n’en finit pas de donner aux lecteurs l’idée du fameux jeu de mots : « L’Assommoir, c’est assommant ». Cette affirmation est-elle vraie ? Tout dépend du sens que vous donnez à « assommant ».

Couverture L'Assommoir

Tout d’abord, sachez qu’il est pour moi difficile de vous parler de mes lectures classiques, car j’ai peur de ne pas être à la hauteur. Je fais des études littéraires, mais j’ai toujours ce bien connu syndrome de l’imposteur qui me suit.

Passons donc à notre Assommoir. Assommant ? Je l’ai beaucoup lu, les gens disant qu’il ne se passait rien, qu’ils s’étaient ennuyés durant la lecture. S’il y a des passages extrêmement longs, effectivement, je dois dire que je suis en désaccord avec ces lecteurs. Normal, vous allez me dire, tu adores Zola. Oui, mais je peux comprendre d’où vient la lassitude de certains. Lorsqu’un repas s’éternise sur des dizaines de pages, je veux bien croire qu’on peut décrocher un peu. Cependant, il se passe des choses. Plus que je ne l’imaginais. Peut-être est-ce parce que mes attentes étaient, du coup, un peu plus faibles que pour d’autres romans. Bref, comme toujours, mon avis reste totalement subjectif.

Que se passe-t-il dans L’Assommoir ? La vie de Gervaise, tout simplement. Une jeune blanchisseuse qui rêve d’une vie simple, d’un gentil mari, de beaux enfants, de quoi manger, un toit. Rien d’exceptionnel, en somme. Elle reste plutôt modeste, se dit qu’elle pourrait peut-être finir ses vieux jours à la campagne. Mais bon, dès le début, ça s’annonce mal. Dès le premier chapitre, il y a castagne. Vous ne vous attendiez pas à voir deux femmes se battre au lavoir, hein ? Zola l’a pourtant imaginé. 

Cela étant, Gervaise sait pourtant rebondir. Elle réussit à s’établir, à s’approcher de son rêve. Et on y croit fort. Mais le titre est toujours le même, et Gervaise est assommée par la réalité. Le lecteur fonde tous ses espoirs sur un petit détail, mais est chaque fois rattrapé par ce titre et voit Gervaise sombrer de plus en plus profondément. Le lecteur est lui aussi assommé, mais pas par l’ennui, plutôt par le désespoir (ce qui n’est pas forcément négatif, attention).

Me suis-je attachée à Gervaise ? Je ne sais pas. Tantôt je voulais son bonheur, tantôt elle me sortait par les yeux. J’ai eu du mal à me faire un avis tranché sur chaque personnage. Justement, ça le rend encore plus réaliste ; personne n’est ni tout noir, ni tout blanc, on fait tous des choses plus ou moins avouables, louables, et pourtant, on aspire tous au bonheur. Et dans des conditions telles que les subissent nos personnages, difficile de rester sur le droit chemin – ou d’y entrer, tout court. Ah si, M. Goujet, lui, je l’aimais bien, et j’aurais aimé en savoir plus sur lui, continuer à le suivre.

Et puis, avec L’Assommoir vient la question du style. Zola, dans le souci d’être au plus proche de la réalité, a inclus des termes populaires à son roman. Quand on a lu plusieurs de ses œuvres avant celle-ci, ça frappe, c’est vrai. Mais c’est très intéressant de voir un écrivain écrire la langue populaire, ne pas enjoliver, si je puis dire, la réalité. Je n’ai pas étudié le sujet à fond, mais je sais que cela lui a valu des polémiques. Les sujets développés également, apparemment, puisque sur la quatrième de couverture de mon édition (celle qui est en photo plus haut), on peut lire qu’un journaliste a écrit : « Ce n’est pas du réalisme, c’est de la pornographie. » Il en fallait peu pour choquer, visiblement. Montrer la misère, ses possibles conséquences, particulièrement l’alcoolisme, dans le cas présent, mais aussi la prostitution (thème qui sera davantage développé dans Nana, neuvième tome, si je ne me trompe pas – Nana étant la fille de Gervaise).

Toujours grâce à la quatrième de couverture, on apprend que Zola répondit à ce journaliste : « J’ai montré des plaies… Je laisse au législateur le soin de trouver les remèdes. »

En vous recommandant vivement la lecture de L’Assommoir, je vous laisse avec cette question : a-t-on trouvé (et appliqué) les remèdes ? Auriez-vous des lectures à nous suggérer en lien avec ceci (peu importe l’époque, d’ailleurs) ?