Moe tombe amoureuse d’un homme, le suit en France métropolitaine. S’ensuit la désillusion, la dégringolade. Avec son enfant, elle finit par atterrir à la Casse, sorte de ville dans laquelle les gens vivent dans des voitures usées. La chance la fait tomber dans un quartier, auprès de cinq autres femmes qui s’entraident. Mais tout de même, comment sortir de là, comment sortir de l’enfer ?

Couverture Les larmes noires sur la terre

C’est avec un style rempli d’ellipses que Sandrine Collette nous plonge au fond de la misère sociale. Je me suis demandé s’il existait des villes comme celle-ci, totalement assumée puisque ce sont les services sociaux qui y emmènent Moe et son enfant. Heureusement, je n’ai rien trouvé ; je sais cependant que ce genre de choses doit exister, et c’est ce qui rend la lecture si difficile. Si la Casse est inventée, on sait cependant que Sandrine Collette a voulu dénoncer cette misère, les difficultés pour se sortir de celle-ci, malgré l’envie qui tient au corps, malgré les efforts. La société semble presque se vanter d’avoir ses laissés-pour-compte. 

C’est le cœur serré que j’ai lu le livre. Le style m’a plu dès les premières lignes, m’a kidnappée, en quelque sorte, me faisant plonger tête la première dans le bouquin ; mais ensuite, ce sont les émotions, les injustices, les choix de Moe qui vous font commenter les lignes à voix haute. C’est d’ailleurs une lecture que je verrais bien dans le cadre d’une lecture à voix haute, il me semble que le style de l’auteure s’y prête tout à fait.

Je ne sais pour autant pas si je me suis tellement attachée à Moe. Pas particulièrement je dirais, mais un peu plus à certaines des cinq femmes qu’elle rencontre à la Casse, qui font partie de son « quartier ». De l’entraide dans ce genre d’endroit, ça semble une condition pour survivre, et pourtant, on n’en rencontre pas beaucoup. Mais ce petit quartier est composé de femmes extraordinaires, chacune à sa façon ; des femmes fortes, quels que soient les choix qu’elles ont fait et feront au fil de l’histoire.

Si les problèmes de société vous interpellent, nul doute que vous serez happé, la gorge serrée, par cette lecture. On n’y trouve certes pas de véritable solution, mais on met les doigts sur les choses qui ne peuvent fonctionner. C’est d’un réalisme à se tordre de rage. Comment sauver ces gens de la misère qui ne les lâche plus une fois arrivée chez eux ?