Si je trouve la personnalité d’Amélie Nothomb fascinante, je n’ai lu que deux de ses livres sans être tout à fait convaincue. Ça me désolait, d’ailleurs. Alors quand ma maman m’a proposé de lire Frappe-toi le cœur, je n’ai pas longtemps hésité, en me disant que cette fois-ci serait peut-être la bonne.

Couverture Frappe-toi le coeur

Je ne peux pas parler de coup de cœur, mais il est vrai que Frappe-toi le cœur a été pour moi une lecture marquante, à laquelle il m’a été difficile de m’arracher. Le roman s’articule autour de cette formule d’Alfred de Musset : « Frappe-toi le cœur, c’est là qu’est le génie. »

Le cœur est le grand présent du roman, à la fois physiquement et métaphoriquement. Il nous suit page après page, dévoilant ce qu’il renferme de beau et d’horrible. La beauté physique est particulièrement mise en avant ; il paraît que c’est un thème cher à Amélie Nothomb. Il s’agit ici de la beauté d’une femme, qui accouche d’une petite fille aussi belle qu’elle. Seulement, la mère développe une jalousie excessive et la vie de la petite fille s’en voit chamboulée. Cette petite fille, Diane, si mes souvenirs sont bons, est d’une intelligence remarquable, peut-être même un peu trop pour être réaliste : elle réussit à comprendre les sentiments qu’éprouve sa mère et se développe en fonction de cela, réussissant, de son côté, à ne pas être jalouse de son petit frère, qui reçoit beaucoup d’amour de la part de leur maman, ainsi que de sa sœur, complètement étouffée par l’amour d’une mère. Bref, trois enfants, trois façons de materner, dont deux qui s’avèrent toxiques, selon les mots de notre époque.

Si l’amour de la mère est toxique pour ses filles, ce n’est sûrement pas un hasard, car Frappe-toi le cœur explore de façon plus générale les relations entre femmes. Femmes d’une même famille, et plus exactement le lien mère-fille donc, mais aussi d’autres types de relations, notamment professionnelles. Entre jalousie et adulation, la vie de Diane est mouvementée, bien que riche et surtout, Diane essaie de faire au mieux pour rétablir les injustices qu’elle perçoit autour d’elle. Sa souffrance lui permet de faire vivre au mieux (de tenter du moins) la sororité.

Il semblerait aussi qu’Amélie Nothomb ne serait pas Amélie Nothomb sans un final surprenant, poignant, en queue de poisson, diraient certains. Frappe-toi le cœur n’échappe donc pas à un dénouement qui peut, à mon sens, être deviné, mais qui pétrifie quelques instants le lecteur, lui rappelant que l’horreur n’est parfois pas si éloignée qu’on le souhaiterait.