« Cherche esprit féminin détaché du monde. Capable d’exercer fonction de bibliothécaire pour un gentleman et ses livres. Pouvant cohabiter avec chiens et enfants. De préférence sans expérience professionnelle. Titulaires de diplômes d’enseignement supérieur s’abstenir. »

Couverture L'éveil de mademoiselle Prim

Voilà l’annonce à laquelle Prudence Prim décide de répondre. Bon, elle ne correspond pas totalement au profil recherché, notamment parce qu’elle est bardée de diplômes, mais elle est tout de même acceptée par l’homme du fauteuil, ce patron assez étrange. Tout aussi étrange, le village de Saint Irénée d’Arnois. Là-bas, les habitants se voient comme une colonie, une colonie habitée par la littérature. Un village où chacun sait tout sur les autres. Un village charmant, il est vrai. Il faut juste s’y habituer.

L’éveil de Mademoiselle Prim, ça fait plusieurs années que je souhaitais le lire. Alors vous pensez bien, quand je l’ai trouvé dans une Recyclerie, j’ai immédiatement sauté dessus (ainsi que sur le porte-monnaie de ma mère, merci maman). Un livre qui parle de livres, que pourrait-on trouver de mieux ?

Bien, j’ai le grand regret de vous annoncer que, pour ma part, je peux trouver beaucoup mieux. Vous le savez cependant, mes avis sont toujours subjectifs, il est donc tout à fait possible que vous adoriez ce roman. Ce n’est pas mon cas, voilà tout. Pour autant, il n’est pas totalement nul non plus. 

Il y a d’abord cette ambiance de petit village que j’apprécie. J’ai pensé à la série Gilmore Girls pendant ma lecture, qui présente une petite ville fictionnelle, Stars Hollow, qui me semble avoir une ambiance semblable (bien que plus humoristique et farfelue). Pour les amateurs des Sims 4, j’ai pensé à l’architecture de la ville de Windenburg. À Saint Irénée, on vous sert toujours un petit thé et un goûter, vous êtes accueilli à bras ouverts, et les habitants vous conseillent de nombreuses lectures. Un mini-paradis, en somme.

Et puis, j’aime globalement qu’un auteur glisse ses petites recommandations de lecture en douce, qu’il tente de nous donner envie de (re)découvrir certaines œuvres. Dans L’éveil de Mademoiselle Prim, ce sont surtout des classiques qui sont cités. Le souci ? On part du principe que le lecteur les a lus – et se rappelle de tout -, il n’y a aucune note, ce qui fait que je n’ai pas compris certaines insinuations. J’ai parfois eu le sentiment que le texte se voulait savant, autant que peuvent l’être les personnages. Sauf que, la narration se faisant à la troisième personne, des explications supplémentaires auraient été possibles, et bienvenues. On sent bien les influences littéraires de l’autrice ; un côté Jane Austen parfois, le patron de Prudence peut faire penser à M. Rochester dans Jane Eyre. Mais j’ai eu le sentiment que le ton était prétentieux. Peut-être suis-je totalement à côté de la plaque.

Quant aux personnages, ils ne sont pas particulièrement attachants. Prudence m’a, a de nombreuses reprises, tapé sur les nerfs. L’homme du fauteuil, s’il m’a fait penser à Rochester, que j’aime d’amour, a fini par me lasser. Les enfants qu’il éduque sont pour le moins particuliers… Ils peuvent paraître charmants, mais j’ai trouvé cela beaucoup trop bizarre, ça ne m’a pas convaincue. Les habitants du village sont parfois plus intéressants, sympathiques, je les ai, dans l’ensemble, plutôt appréciés. 

Malgré ces quelques points négatifs, je dois dire que quelques éléments de l’intrigue sont surprenants, donc bienvenus. J’ai eu peur que l’ensemble se révèle prévisible, mais même la fin ne se déroule pas comme on pourrait l’imaginer (cela étant, elle ne m’a pas convaincue, mais au moins, j’ai été surprise). 

On peut penser, avec tout ça, que j’ai presque détesté ma lecture, mais je vous rassure, ce ne fut pas totalement le cas. Ce n’était pas désagréable à lire, mais je crois que je m’étais fait beaucoup trop d’attentes. C’est tout de même un roman rempli de réflexions sur la vie, la religion (point qui a fait tiquer certains lecteurs cependant), l’amour. Une vision de la vie, que je ne partage pas totalement, mais il est certain que Natalia Sanmartin Fenollera a voulu aller bien au-delà d’une petite histoire feel-good.