« Quoi ? ce départ si peu prévu serait une infidélité de Dom Juan ? Il pourrait faire cette injure aux chastes feux de Done Elvire ? »

Couverture Dom Juan

Ah, ce Dom Juan, quel personnage ! Coureur de jupons, aussitôt qu’il épouse Done Elvire, il part conquérir le cœur d’une autre femme. Sganarelle, son serviteur, tente de le convaincre qu’il s’agit là d’une erreur, mais en vain ; il faut dire qu’il a quelque peu peur de froisser son maître, et se contente donc de quelques remarques et actions qui ne vont pas aussi loin qu’il le souhaiterait.

Si le libertinage de Dom Juan, accompagné de son envie de liberté, peuvent prêter à sourire, grâce aux touches d’humour dispersées dans les dialogues, il est sujet à de nombreux questionnements : jusqu’où aller, où s’achève notre liberté, qu’en est-il de l’honnêteté ? Dom Juan est un personnage que l’on pourrait considérer comme un goujat ; et s’il avance des arguments intéressants, il est tout de même un homme cruel. Il représente plutôt bien celui que l’on adore détester. 

Dom Juan est une pièce courte, et qui cependant aborde de nombreux thèmes, outre ceux cités plus haut. On nous parle aussi de religion (il faut dire que Dom Juan a sorti Done Elvire du couvent pour l’épouser…), de différences entre athées et chrétiens, qui mènent à un passage quelque peu étrange et surréaliste. Il y a aussi toute cette hypocrisie ambiante, représentée par de nombreux personnages, ainsi que des questionnements sur la société, des représentations de débats qui étaient au centre de celle-ci.

Ces débats sont souvent pleins d’humour, particulièrement ironique (ce qui n’est pas pour me déplaire). J’ai très envie de vous partager l’extrait d’un échange entre Dom Juan et Sganarelle au sujet de différents remèdes, auxquels le premier ne croît pas. Sganarelle souhaite donc raconter à Dom Juan un miracle lié à l’émétique (substance qui fait vomir, selon le Larousse).

SGANARELLE

Il y avait un homme qui, depuis six jours, était à l’agonie ; on ne savait plus que lui ordonner, et tous les remèdes ne faisaient rien ; on s’avisa à la fin de lui donner de l’émétique.

DOM JUAN

Il réchappa, n’est-ce pas ?

SGANARELLE

Non, il mourut.

DOM JUAN 

L’effet est admirable.

SGANARELLE

Comment ? il y avait six jours entiers qu’il ne pouvait mourir, et cela le fit mourir tout d’un coup. Voulez-vous rien de plus efficace ?

J’avais déjà lu Dom Juan (il y a des années de cela), mais ne m’en souvenais plus du tout ; j’étais donc peu enthousiaste à l’idée de relire la pièce, pensant que je n’avais pas aimé la première fois (même si la lecture du Misanthrope m’avait encouragée). Vous pouvez donc constater que finalement, j’ai beaucoup aimé cette pièce ! Le seul bémol, c’est la fin, que j’ai trouvé bien rapide, et que je n’ai pas particulièrement comprise.