« Luz, Ramiro et leur fils Juan arrivèrent à l’aéroport de Barajas à sept heures du matin d’un jeudi chaud. Dans le taxi qui les conduisait à l’hôtel, Luz leur parla de la Plaza Mayor, des ruelles étroites et mystérieuses, des bars ouverts à toute heure, des femmes au regard hautain qui dansent avec leurs mains comme des oiseaux inquiets. Tu vas adorer le flamenco, Ramiro, et toi Juan je vais t’emmener au parc du Retiro. »

Couverture Luz ou le temps sauvage

Ainsi commence le périple de Luz, jeune femme dont l’identité n’est pas celle qu’on lui a collée sur le dos depuis l’enfance. Elle part retrouver Carlos, dont le lecteur comprend très rapidement qu’il est le véritable géniteur de Luz.

Débute alors le récit de Luz… avec une narration particulière. Elle parle d’une certaine Miriam à Carlos. Miriam, dont le récit est conté à la première personne. Parallèlement, on suit d’autres personnages, dont l’histoire est racontée à la troisième personne. Des passages à la deuxième personne viennent aussi s’intercaler, le tout parfois un peu mélangé. Ajoutons à cela, en italique, les conversations de Luz et Carlos. Et une ponctuation parfois bancale, sans que je sache s’il s’agit d’erreurs ou si c’est volontaire. C’est assez déroutant, mais comme j’ai beaucoup aimé l’histoire, j’ai fini par m’y habituer.

L’histoire de Luz, c’est aussi l’histoire d’un pays, celui d’Elsa Osorio, l’Argentine. La dictature, les « subversifs », les camps de détention, dans lesquels on torture les gens, et où l’on enlève leurs bébés aux femmes enceintes.

Au début, c’est surtout Miriam que l’on apprend à connaître. Ex-mannequin/prostituée, elle est prête à se marier avec celui que l’on nomme « la Bête », qui participe largement à la répression. Ce qu’ils veulent, c’est un bébé. La Bête en a promis un à Miriam. Des événements empêcheront cependant leur plan de se dérouler comme prévu.

J’ai aimé les personnages dépeints par Elsa Osorio. Je me suis particulièrement attachée à Miriam, Ramiro et Eduardo. Elle n’hésite pas à montrer que personne n’est réellement totalement blanc ou totalement noir, qu’on a un peu tous notre part d’ombre et que tous les « méchants », si l’on creuse un peu, ne le sont pas forcément. Que peut faire la fille d’un tortionnaire si elle ne sait rien, ne se rend compte de rien ? Est-elle une ennemie, elle aussi, simplement à cause de son père ? Comment peut-on ouvrir les yeux sur le monde qui nous entoure ? Quel(s) élément(s) peu(ven)t être déclencheur(s) ? Ce sont des questions que l’auteure pose, qui font réfléchir. Elle n’hésite pas à décortiquer l’histoire de son pays, à dénoncer les horreurs. 

À travers tout ça, ce sont aussi les relations – familiales, amoureuses et amicales – qui sont traitées. On en voit différentes facettes, on note des opinions différentes, qui empêchent, ou pas, selon les cas, l’amour. L’importance de connaître ses origines est aussi un thème important ; on propose comme thème sous-jacent la mémoire profonde, inconsciente, les intuitions et conséquences qu’elle peut provoquer.

C’est un roman que j’ai beaucoup aimé. La traduction m’a plu, certains passages sont très beaux ; certains sont aussi très durs, et l’écriture renforce cette dureté. Certains passages sont un peu longs, mais les thèmes m’ont fortement intéressée, et j’ai apprécié de lire des moments de bonheur malgré toutes les horreurs que les personnages subissent.