Claire, trentenaire, enchaîne les aventures, n’arrive pas à trouver de relation stable… jusqu’à ce qu’elle rencontre Franck. Seulement, la « normalité » la frappe de plein fouet, et Claire va de désillusion en désillusion.

Couverture Idéal standard

J’ai repéré Idéal standard il y a longtemps, probablement grâce à une chronique de blog. Seulement, en un an d’inscription à la bibliothèque, j’ai dû le voir deux fois, sans le prendre. Je ne pensais donc pas lire cette BD de sitôt, et pourtant… J’ai profité d’une journée à la bibliothèque pour la lire et l’utiliser pour Lire en couleurs (lire une BD [peut aussi être un manga], pour la couleur orange).

Pour tout vous dire, je ne pensais pas consacrer un billet à Idéal standard, jusqu’à ce que j’en tourne la dernière page. Ce billet aura peut-être une portée plutôt personnelle, parce que ma lecture a remué certaines choses en moi, m’a fait réagir (attention, petits spoilers potentiels).

Je ne m’attarderai pas sur les dessins, qui m’ont bien plu. J’ai apprécié les quelques couleurs qui ressortent (essentiellement le jaune et le bleu [utilisé pour la vie professionnelle de Claire, infirmière en néonatalogie]). Un style simple, presque épuré, joliment coloré (à mon goût, en tout cas).

Ce qui m’a fait réagir, c’est l’effrayant réalisme de la vie de Claire. La relation qu’elle vit semble normale aux yeux des autres, mais devrait-elle l’être ? L’homme qui ne se préoccupe pas de l’épanouissement de sa compagne, qui n’écoute pas vraiment, qui considère qu’en fait, elle l’embête à vouloir parler, alors qu’au départ, il s’est décidé à vivre avec elle parce qu’elle était gentille, rigolote… et qu’elle suçait bien. Bref, d’une banalité sans nom. Et pourtant, autour d’elle, plusieurs personnes considèrent que ce genre de relation est normale. Qu’au bout d’un certain temps, soit on se sépare, soit on se résigne, que les petits défauts deviennent de plus en plus insupportables, mais que voulez-vous, on ne va pas se quitter, par habitude. Bref, personne n’est heureux comme cela, mais personne ne cherche à changer la situation.

Mais Claire ne veut pas s’accommoder de cette « normalité ». Au contraire, elle aimerait partager sa vie avec son compagnon, qu’il l’aide à la maison, plutôt que de se moquer parce que l’étagère qu’elle a changé de place seule est mal placée. Elle voudrait qu’après plusieurs années, on accepte plus facilement les petits défauts de l’autre, qu’on les comprenne, que la relation grandisse en même temps que les êtres qui la forment.

Et vous savez quoi ? Ce qui m’apparaissait tout d’abord comme une histoire banale, comme on en voit tant, dans la réalité, comme en fiction, m’a ensuite fait peur. Parce que j’aspire à plus, un peu comme Claire. À quoi bon être en couple, si c’est pour faire semblant, pour « supporter » l’autre, dans le sens de s’en accommoder et non dans le sens « lui offrir du support » ? Bien que j’en comprenne l’aspect « confortable » (habitude, sécurité, ne pas être seul), je n’en vois pas réellement l’intérêt. 

Il est pourtant possible malgré tout, de tenter d’améliorer cette vie, mais, quand on entend des témoignages, on a plutôt l’impression que les gens n’essaient pas (peut-être par peur), ou que ça ne fonctionne pas.

Et moi, je le répète, ça me fait peur. Parce que je pense que je ne pourrais pas m’épanouir dans une situation pareille. J’ai peur d’être avec quelqu’un qui n’a juste pas envie d’être seul et qui ne m’aime pas vraiment pour qui je suis ; peur de ne pas pouvoir être moi-même avec cette personne ; peur que la relation se cantonne à dispute-boulot-dodo (ou insomnie). Et j’ai reçu ces peurs en pleine figure au cours de ma lecture d’Idéal standard. Oh, je les avais déjà, mais j’évitais de trop penser à ce genre de sujet.

C’est aussi ça, la magie de la lecture : nous faire prendre conscience de certaines choses, parfois de façon toute simple, au travers d’un livre auquel on n’en demandait pas tant.

Une lecture qui dénonce donc cette « normalité », pour tenter, au travers de quelques personnages (pas seulement celui de Claire, bien heureusement), de faire évoluer les mentalités, ou, du moins, de faire prendre conscience que certaines situations ne mènent pas à l’épanouissement.

cover lire en couleurs