Il y a quelques semaines, dans le cadre du cours atelier d’écriture, à la fac, il a fallu raconter notre rencontre (non physique) avec un auteur, artiste, etc. Pas n’importe laquelle : il fallait en choisir une qui a changé notre vie.

Pour moi, le choix a été vite fait : il fallait que je parle d’Édouard Philippe et de son livre Des hommes qui lisent. À savoir : il ne fallait pas rendre son texte, mais on pouvait être amené à le lire devant la classe, soit volontairement, soit parce que la prof nous choisissait.

Sachant cela, il m’a été très difficile d’écrire mon texte. Mon choix est atypique et peut être controversé ; certaines personnes ne comprennent pas, ne font pas la différence entre l’homme, l’auteur et l’homme politique, et, au début de l’année, ce n’est pas le moment de s’attirer les foudres de certaines personnes. J’ai songé à changer de personne, mais ç’aurait été mentir. Aux autres, mais ça, passe encore, ils n’auraient pas pu le savoir. Mais à moi-même, je ne pouvais pas. 

J’ai écrit une première version du texte, qui ne me convenait pas tellement. Je me censurais beaucoup trop, ça ne rendait pas justice à mes sentiments. Heureusement, je ne suis pas passée ce cours-là. Mais comme la prof voulait entendre d’autres textes, il fallait se préparer à être possiblement choisi le cours suivant.

Il se trouve qu’en annonçant mon choix à certaines personnes, j’ai subi quelques petites railleries. Pas bien méchantes, c’est vrai, mais ces personnes ne s’intéressaient pas du tout au pourquoi. Ça m’a blessée. Alors je me suis dit : Édouard Philippe, il assume. Alors tu dois faire pareil. Tu vas récrire ton texte, le retravailler pour en être contente, puis la semaine prochaine, tu demanderas à passer.

Effectivement, j’ai retravaillé mon texte. Je n’ai pas eu le courage de passer volontairement, cependant. Mais comme le hasard fait bien les choses (ou mal, c’est selon), j’ai été nommée pour passer. Allez donc lire un texte sur Édouard Philippe devant des gens que vous ne connaissez pas, avec une très faible confiance en vous. Bah c’est pas évident, mais je l’ai fait, et j’en suis fière. 

Pour cet article, je souhaite donc vous partager mon texte, et savoir quelles sont les rencontres qui ont changé votre vie. Vous pouvez répondre en commentaire, ou écrire, vous aussi, un texte sur le sujet sur votre blog, si vous en avez un !


C’est l’histoire d’une petite fille qui a trop tôt connu la peur des hommes. Qui respirait pour l’extérieur, mais était morte à l’intérieur. Qui avait peur du noir, et qui pourtant s’y réfugiait pour passer inaperçue. C’est l’histoire d’une petite fille devenue femme. Une femme fuyant les regards des hommes, leur faux respect, et leur culpabilité qu’ils lui faisaient assumer. Une femme fuyant la vie. Cette femme, c’est moi.

La mort s’est rapidement emparée de moi, malgré ma passion pour la lecture, activité parfois décriée par ceux qui ne la pratiquent pas et ne prennent pas la mesure de son importance. Cette passion n’avait fait que me maintenir, quelques minutes par jour, quelques heures parfois, la tête hors de l’eau.

Jusqu’en juillet 2017. Jusqu’à la sortie en librairie de Des hommes qui lisent, un essai sur la lecture écrit par Édouard Philippe. Sitôt acheté, sitôt commencé. À ce moment-là, j’étais loin d’imaginer que je devrais ma vie à ce livre, et à son auteur.

C’est un homme qui m’a sauvée du gouffre. Ironie.

La lecture est une respiration. Elle est tout à la fois une sortie du monde, et une façon d’y entrer plus fort. S’il n’y avait qu’un passage à retenir, ce serait celui-là. Il me résume à la perfection ; lire est ma façon d’appréhender le monde, et c’est aussi la raison pour laquelle je n’ai jamais cessé de respirer.

Dès les premières pages, je me suis reconnue dans ses mots, malgré nos passés et nos expériences on ne peut plus différents. Ils ont ravivé ma passion, ont remis la lecture au centre de mon monde, en ont fait ma principale raison de vivre. J’ai trouvé, enfin, une raison de me battre. Il était temps.

J’ai, petit à petit, bâti un projet pour ne plus subir ma vie, mais la créer. Après de longues réflexions, j’ai décidé de reprendre des études au Havre. C’était une évidence. L’amour d’Édouard Philippe pour cette ville est communicatif et la politique de la lecture qu’il a mise en place me donne envie de m’impliquer dans le domaine culturel, de vivre de ma passion.

Des hommes qui lisent, pour moi, c’est aussi des découvertes littéraires et l’envie de lire certains livres, que, pour diverses raisons, je n’osais pas lire auparavant. La découverte la plus frappante a été Cyrano. Cyrano et son panache, qu’Édouard Philippe cite si souvent. Une pièce lue cet été, alors que j’étais en stage à l’Assemblée nationale. L’endroit où j’ai enfin pu le voir, l’entendre et m’inspirer de son assurance pour développer la mienne, pas toujours très présente.

En attendant de trouver mon panache, je poursuis mon chemin, le crée, pas à pas.


Et vous, quels artistes ont changé votre vie ?

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