Tu es de ceux qui jugent sans savoir ? Cet article s’adresse à toi. Tu es en plein dans ParcoursSup mais te sens complètement perdu ? Cet article s’adresse à toi aussi. Tu ne sais pas quoi faire de ta vie à 18, 20, 25, 30 ans (et plus) ? Pareil, bienvenue parmi nous. Tu es dans une autre situation, mais te reconnais plus jeune et/ou souhaites partager ton expérience ? La porte est grande ouverte, tu viens quand tu veux.

Le but de cet article ? Vous en raconter un peu plus sur moi, et vous encourager à poursuivre votre vie comme VOUS l’entendez. Beaucoup de blabla, j’espère que cela ne vous dérangera pas trop, n’hésitez pas à me (nous) laisser un commentaire, cet article est fait pour le partage d’expériences et de conseils !

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Commençons (j’ai l’impression d’être le coach wii fit plus).

L’idée de cet article me vient d’un homme de presque 50 ans qui m’a dit, je cite :

« T’as 23 ans (j’en ai 24 en fait), pas de boulot, et tu n’en cherches pas vraiment ? Bah t’es pas bien courageuse toi, plutôt fainéante »

Certes.

 

Il se trouve que ce même monsieur m’accusait de profiter du chômage, de gagner de l’argent sur le dos des autres, etc.

Rectifions tout de suite : je ne touche absolument RIEN.

Voilà qui est dit. J’embête personne (à part mes parents).

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Note : de 8 à 20 ans, j’ai vécu au Québec.

Le choix d’orientation est souvent très difficile pour les ados. On a l’impression que toute notre vie sera déterminée à partir d’UN choix. On hésite. Les adultes mettent la pression, sont parfois très décourageants. 

Pour ma part, ça a été plutôt différent. Bonne élève, ayant des facilités, j’ai toujours plutôt bien travaillé en classe. Je faisais mes devoirs seule, ne voulait surtout pas être dérangée, ma mère n’avait pas le droit de m’aider parce que c’était « moi toute seule » qui faisais mes devoirs. 

Après l’école secondaire, au Québec, si on souhaite poursuivre à l’université, il faut d’abord passer par le Cégep. Vous n’en avez jamais entendu parler ? Normal, ça n’existe que là-bas. En gros, deux solutions : un programme pré-universitaire en deux ans ou une technique en trois ans qui mène à un métier.

J’ai seize ans lorsque je dois faire ce choix. Certaine de vouloir faire de la psycho, je choisis un cursus pré-universitaire en sciences humaines. Je tiens un an. Moi, ce que je veux, c’est faire de la psycho, et je n’en fais pas assez à mon goût. En plus, je déprime totalement, et je ne suis plus sûre de rien. Étant donné qu’on m’encourage à travailler auprès d’enfants, et ce, depuis que je suis enfant, je me ré-oriente. Direction l’éducation à l’enfance, programme technique qui se fait en trois ans. Encore une fois, je tiens un an. Cette fois, je me rends compte que je ne fais pas ce programme par réelle envie. Je le fais parce que je suis influençable. En plus, on me met en stage avec des 10-12 ans alors que je dois appliquer tout ce que j’ai appris depuis le début de l’année. C’est-à-dire ce qui concerne les tout-petits. Essayez donc d’aller changer la couche d’un enfant de douze ans. 

À ce moment-là, je suis la règle qui dit que la première intuition est toujours la bonne. Je souhaite repartir vers la psycho. Pas besoin de changer de programme, il me suffit de terminer les cours obligatoires pour tous, ainsi que quelques cours obligatoires pour étudier en psychologie à l’université, et le tour est joué. Ah, mais le cours de bio n’est pas disponible ce semestre et est obligatoire ! Pas grave, vous pouvez le suivre par correspondance. Lourde erreur ! Les cahiers sont énormes, je n’y comprends rien, je déprime encore et puis je réalise que, bien que j’adore la psychologie, je ne souhaite pas en faire mon métier.

Pour info, je m’appelle Kathleen, mon deuxième prénom est Marine, mon troisième est Girouette.

Je réussis tout de même à obtenir le diplôme sans mention (c’est-à-dire sans spécialité, rien à voir avec les notes). Pour cela, il faut simplement avoir validé les cours communs à tous et obtenir un certain nombre d’unités.

La suite ?

Impossible d’aller à l’université. C’est trop cher, et je ne saurais pas quoi faire. Je travaille à ce moment-là dans un magasin de type Stockomani. Au bout de neuf mois, je suis virée. Il se trouve aussi que je suis en burn-out, à 19 ans (la fainéantise absolue, j’te dis). Je n’ose l’avouer à personne, un burn-out à cet âge-là, c’est la porte ouverte aux critiques, que je préfère éviter.

À partir de là, cauchemar absolu. Je n’arrive pas à trouver de travail, je perds le peu de confiance en moi que j’avais. Cerise par-dessus le gâteau, mes parents décident de revenir en France en avril 2014 et, faute de moyens, je suis bien obligée de suivre (sachez cependant qu’aujourd’hui, j’en suis plutôt contente, malgré les grosses galères).

Bref, je reviens en France, déboussolée, et là, tout le monde commence à me dire « Il faut reprendre tes études », « Il faut travailler », « Il ne faut surtout pas de trous dans ton CV », et j’en passe. L’intention de ces personnes (de ma famille, principalement) n’était pas mauvaise, loin s’en faut. Simplement, je ne sais pas où je suis, le passé me rattrape, le présent est instable et le futur m’angoisse. Alors mon CV, c’est loin d’être ma priorité.

J’envisage des études dans le tourisme, ayant envie de voyager (et certainement ayant envie de m’éloigner de tout ce qui me dérange), puis, après quelques tests, me dirige finalement, environ un mois avant la rentrée 2014-2015, vers la licence LLCE anglais. Pourquoi ? Je vous le demande. J’envisageais la traduction, mais honnêtement, il s’agissait encore une fois d’influence. Mon manque de confiance en moi me rendait incapable de me trouver des capacités et comme je parlais anglais, quelques personnes m’ont suggéré ce domaine. J’ai suivi, bêtement. (Surtout, ne pas oublier, il ne faut pas de trous dans son CV !) 

J’ai tenu un an (Eh oui, il y a au moins une constante dans ma vie).

Deux mois après la rentrée, j’en avais déjà marre. En plus, la maturité quasiment inexistante des étudiants me posait problème. Comme je n’étais pas motivée, ça ne l’a pas fait tout simplement.

Oh là là, mais elle va rater sa vie si elle n’a pas de diplôme !

Au grand désespoir de (presque) tous, j’arrête la fac. L’avenir est toujours incertain, mais je sentais que ma place n’était pas dans cette licence et mon choix, apparemment incompréhensible pour beaucoup, est pourtant celui qui me semble le plus approprié.

La question se pose à nouveau : que vais-je donc faire de ma vie ?

Encore une fois, j’envisage plusieurs possibilités : esthétique (parce que mon cousin me voit bien esthéticienne), décoratrice d’intérieur, conseillère dans toutes sortes de domaines, tout y passe. Puis l’organisation de mariage. En août 2015, je me lance. J’entame une formation par correspondance

Certaines personnes n’attendent pas pour réagir. Et certains commentaires font très mal.

« Ma chérie, tu sais que tu es brillante, tu réussis bien, tu as toujours eu de bonnes notes, mais les études à distance, c’est difficile, tu n’y arriveras pas. »

À ce jour, j’ai terminé 3 modules sur 4. Mes notes ? A+, A+ et A+. 

Je sais aujourd’hui que je n’exercerai pas ce métier, mais je souhaite terminer ma formation, déjà parce qu’elle est payée, ensuite parce qu’elle peut me servir, pour travailler pour des magazines ou sites spécialisés, par exemple. 

Et, puisqu’il ne faut pas rester « inactif », j’ai aussi travaillé un peu, un tout petit peu. Dans la vente. De prêt-à-porter. Ce n’est pas du tout mon domaine de prédilection. Aujourd’hui, tout ce que j’envisagerais de vendre, ce sont des livres. Parce que pour moi, ce n’est pas tout à fait la même chose. Mais c’est un autre sujet. Ces emplois m’ont demandé beaucoup d’efforts. Je me levais sans entrain, j’étais complètement déprimée. 

C’est donc bien vrai qu’aujourd’hui, à 24 ans, je suis sans emploi, et cherche sans grande conviction. Principalement parce que je n’ai pas de permis, pas d’accès aux transports en commun, et que ma mère ne peut pas jouer au taxi tous les jours. 

Mais aussi, et surtout, parce que j’ai d’autres projets

Je considère que je ne fais pas RIEN.

La première chose, c’est que j’essaie de me reconstruire. Je pourrais même dire de me construire, tout simplement. Après des abus sexuels, troubles alimentaires, idées suicidaires et de l’automutilation, j’essaie de changer ma vie. Et le moins qu’on puisse dire, c’est que ce n’est pas facile. L’insomnie, les crises d’angoisse, de larmes, et parfois les idées noires ne sont pas totalement parties. Elles sont là depuis mes onze ans, et c’est difficile de les déloger. Je suis certaine que parmi vous, certains savent de quoi je parle. 

Il y a aussi l’instabilité physique. Y’a pas à dire, avoir vécu dans deux pays constitue une expérience formidable, mais apporte aussi son lot d’inquiétudes. Et on s’en rend parfois compte des mois, voire des années plus tard. Aujourd’hui, j’ai envie de voyager, mais j’ai envie d’abord d’un endroit où me poser, où être chez moi, où je puisse développer un projet professionnel sans avoir à me soucier du prochain déménagement.

J’avais pour projet de faire de la correction et de la rédaction en free-lance. Le problème ? Aucune garantie pour que ça fonctionne sous des délais raisonnables, et difficile d’obtenir des contrats via des maisons d’édition sans diplôme(s). Alors j’ai décidé de reprendre des études.

Ce n’est pas évident pour moi, il s’agit d’une grande angoisse, et connaissant mon passé de girouette, j’ai peur de changer d’avis. Mais aujourd’hui, je suis motivée par l’envie de faire quelque chose qui me plaît, et je vois bien que sans diplôme, cela sera difficile. J’ai mûri, aussi, et je vois les choses différemment.

Là où des études générales me dérangeaient autrefois, elles me semblent aujourd’hui bien plus intéressantes, ouvrant plus de portes. Je me dirige donc vers une licence de lettres modernes, au Havre. Ça peut sembler utopique de ne candidater qu’à un seul endroit, mais c’est là que je veux aller. Et, si vous vous souvenez bien, pour ma licence d’anglais, j’ai rempli le dossier environ un mois avant la rentrée. Cette fois, je m’y prends à l’avance…

Au moment où j’écris cet article, il ne s’agit encore que d’un projet, rien ne dit que je ne remplirai pas de dossier d’admission ailleurs, mais vraiment, si Le Havre m’accepte, j’irai au Havre. Et puis, il y a plein d’autres questions, d’autres angoisses, mais je veux aller au Havre ; ne me demandez pas pourquoi, je ne sais pas. À part pour le programme de lettres qui m’intéresse plus que les autres que j’ai regardés.

J’ai aussi envie de voler de mes propres ailes, de me prouver que je suis capable de vivre seule, d’être autonome (enfin, s’il y a une grosse araignée, j’aurai besoin d’un sauveur, hein…) et de diriger ma vie sans attendre que les autres se décident et/ou décident à ma place. 

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Et puis, il y a la lecture. À ce sujet, le monsieur du début m’a dit : « Oui, c’est bien, tu lis, mais ça te sert à rien. »

C’est faux. Faux, faux, faux, archi-faux. C’est peut-être même ce qu’il a dit de plus faux.

(Internet est décidément rempli de gens bizarres…)

Je lis depuis mes deux ans et demi, je ne m’arrêterai jamais. 

Lire me permet d’appréhender et de découvrir le monde. Lire me permet de rencontrer de fabuleux personnages. Lire me permet de me cultiver, d’apprendre. Lire me permet de réfléchir. Lire me permet de tenir un blog.

Ce blog sur lequel vous êtes et qui, sans la lecture, n’existerait pas. Ce blog qui me permet de m’exprimer comme je veux. Ce blog qui m’a permis de rencontrer (virtuellement pour l’instant) de merveilleuses personnes. 

Il y a notamment Éléonore (À mes heurs retrouvés), avec qui j’échange via les réseaux sociaux pour le quotidien, les nouvelles rapides, quelques conseils de lectures et qui souhaitait que l’on puisse correspondre par lettres (le monde épistolaire existe encore, mesdames et messieurs…). 

La lecture m’a aussi sauvé la vie.

Un livre en particulier. Je vous rabâche les oreilles avec depuis des mois, et certains devinent déjà le titre du livre et son auteur…

Évidemment, il s’agit de Des hommes qui lisent d’Édouard Philippe. Certains ont essayé de me « remettre les pieds sur terre », arguant qu’Édouard Philippe, il est horrible, mais enfin, comment peut-on l’apprécier ?

Des hommes qui lisent, c’est le livre qu’Édouard Philippe devait absolument écrire, et que je devais absolument lire. Je l’ai lu à un moment où ça n’allait pas du tout et, miracle, le Premier Ministre est depuis ce jour (s’il ne l’était pas déjà avant) un modèle pour moi. Pas en terme de carrière, mais en terme de personnalité, d’assurance, d’humour. Et si vous n’étiez pas encore au courant, Édouard Philippe, c’est James Bond.

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Bref, si aujourd’hui je me bats encore chaque jour contre les angoisses (notamment nocturnes, merci à mes abonnés twitter pour leurs conseils et leur soutien) et les traumatismes que je continue à refouler, j’ai tout de même envie de vivre, et surtout, de vivre MA vie comme JE veux, et non comme les autres le souhaitent (qui est le meilleur moyen d’échouer).

Et ce que j’avais envie de vous dire, à tous, c’est qu’il est possible de s’en sortir, d’une façon ou d’une autre. Chacun trouve sa voie, à son rythme et à sa façon. Ne faites pas comme les autres parce que ça semble mieux et que ça vous évitera (peut-être) des critiques. Faites ce qui vous semble juste pour vous. Créez votre vie selon vos envies, ce qui vous fait vibrer. 

Il n’y a pas d’autre secret. Ce qui me permet de consulter plein de sites d’informations de toutes sortes concernant la vie étudiante, la vie au Havre, tous les dossiers à remplir, et j’en passe, c’est la motivation. Je ne peux pas y passer la journée, parce que le stress m’envahit d’un seul coup, mais je peux y passer beaucoup plus de temps qu’avant. Parce que j’ai envie de le faire, malgré la peur. Non, parce qu’il faut pas se leurrer, c’est motivant mais aussi incroyablement angoissant.

Et à tous les lycéens qui se battent avec ParcourSup en ce moment (mon frère est en plein dedans aussi), pas de panique. Si vous ne savez pas vraiment quoi faire, à 17, 18 ans, dites-vous qu’à 24 ans, je n’en suis pas encore certaine non plus. Et je ne suis pas morte. 

Et si vous vous trompez d’orientation, ce n’est pas grave non plus. Le choix que vous faites aujourd’hui, il ne conditionne pas entièrement votre vie. Vous avez la possibilité de changer par la suite, d’essayer plein de chemins, jusqu’à trouver le bon. Et si vous savez ce que vous voulez faire, ne laissez personne vous dire que vous en êtes incapable.

Et comme le dit si bien Odile ( Yoo See On), en pleine reconversion également, soyez heureux, riez sans modération et prenez soin de vous.

 

 

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