On entend souvent que les jeunes n’aiment plus lire, on s’en plaint, on dit que la lecture se perd, mais pourquoi ne se demanderait-on pas plutôt COMMENT faire pour que les choses changent ? N’est-ce pas à nous de donner envie aux enfants de lire ? 

À la rentrée des classes, en septembre, les articles « top 5/top 10 des livres à faire lire à l’école » pullulaient sur les blogs. J’avais, moi aussi, l’envie d’en faire un. Le temps passant, j’ai finalement abandonné l’idée… La découverte récente d’un roman jeunesse m’a donné envie de reprendre l’idée, mais sous un autre format. Ici, pas de top 5/top 10. J’ai envie de vous raconter ma propre expérience, de vous donner mon opinion, mes idées pour faire lire les plus jeunes et de vous proposer des titres à faire lire à l’école, ou à la maison.

Moi, moi, moi

Vous le savez peut-être déjà, j’ai appris à lire à deux ans et demi, à ma demande. Je ne me souviens pas de cette période mais je crois que, voyant ma maman lire énormément, j’ai eu envie de lire. Depuis, la lecture ne m’a jamais quittée. Pourtant, les grands lecteurs ne l’étaient pas forcément dans leur enfance et/ou adolescence. Mon frère, de son côté, lisait un peu quand il était petit, mais ne le fait plus depuis qu’il a découvert les lectures obligatoires. À l’école, donc. 

Vous le savez peut-être aussi, j’ai vécu au Québec. J’ai effectué la majorité de ma scolarité là-bas, et il faut dire que la lecture n’est pas incluse dans le programme scolaire. C’est à l’école, et aux professeurs, de choisir s’il faut faire lire les élèves, et ce qu’il faut leur faire lire. Il m’a fallu attendre d’être environ en troisième pour avoir des lectures obligatoires. En français, mais aussi en anglais. Il y avait des classiques à lire, mais pas que. En anglais, j’ai principalement lu de la littérature jeunesse. L’important, c’était que les élèves lisent. Et pourtant, les professeurs auraient pu vouloir nous faire lire pour la culture générale, étant donné le statut de l’école. Mais non, il fallait juste lire, et on ne se lançait pas dans de grandes analyses.

N’allez pas croire que je suis contre les analyses littéraires ou la lecture de classiques en milieu scolaire ! J’adorais généralement faire ces analyses lors de mes études supérieures et, pour moi, chaque lecture scolaire était une nouvelle découverte, peu importe son genre ou son année de publication. Mais ce n’est pas le cas de tout le monde. Je suis d’avis qu’il FAUT faire découvrir des classiques aux élèves. Je crois cependant encore plus qu’il faut s’adapter à eux et à leurs envies. 

Pourquoi les ados sont-ils dégoûtés de la lecture ?

Étant donné que la lecture est ma passion depuis que je suis toute petite, je me suis toujours posé cette question. Est-ce pour embêter leurs parents et professeurs, comme semblent le penser certains ? Je ne crois pas. Déjà, il faut rappeler que certains aiment lire, contrairement à la croyance populaire. Ensuite, je crois qu’il existe un tas de raisons pour lesquelles certains ados n’aiment pas la lecture. Voici donc un chassé-croisé de réponses, avec des solutions possibles.

– D’abord, il y a ceux qui n’aiment pas lire, purement et simplement. Et là, il n’existe pas de solution. Je n’aime pas jardiner, et vous aurez beau faire tout ce qui est en votre pouvoir pour tenter de me faire changer d’avis, vous n’y arriverez pas. Pour la lecture… c’est la même chose. On aime ou on n’aime pas. Et ça se respecte.

– Ensuite, l’environnement peut être un facteur. Le fait d’être entourée de livres dès mon plus jeune âge m’a probablement encouragée à lire. À l’inverse, un enfant dont les parents ne lisent pas ou à qui on n’offre jamais de livres aura peut-être moins tendance à s’y intéresser plus tard. La solution est simple : faire en sorte que l’enfant soit en contact avec des bouquins et ce, dès son plus jeune âge !

– J’ai remarqué autre chose : plusieurs parents se plaignent eux-mêmes des romans proposés par les professeurs… Comment voulez-vous qu’ils aient envie de lire si on leur répète tout le temps «oh là là, mais c’est vieux !», «oh là là, qu’est-ce que c’est long !», «ils pourraient vous faire lire autre chose quand même !» ? Si, avant même qu’ils aient lu un seul mot, on leur donne une raison de ne pas aimer, ils ne vont pas forcément aller chercher plus loin ! Si on essayait de les encourager, à la place ? Et pourquoi ne pas lire le livre avec eux ? Ça pourrait être plus stimulant, non ? 

– Bon, ça peut sembler contradictoire, mais, effectivement, les œuvres choisies ne sont pas forcément toujours adaptées au public. J’ai un cousin qui, à treize ans, a dû lire Orgueil et Préjugés. Je pense que, moi aussi, à treize ans, je n’aurais pas particulièrement apprécié. Je le répète, faire lire des classiques, c’est très bien ; c’est même essentiel. Mais quand un élève ne lit que des classiques ou des livres qui ne semblent pas adaptés à lui, je peux comprendre qu’il puisse ne pas avoir envie de lire ensuite. Si on variait les genres, les époques ; si on proposait des livres liés à ses centres d’intérêt, il verrait TOUTE la diversité de la littérature. Il verrait qu’il a un choix infini de possibilités, et qu’il y a des chances pour qu’au moins un livre lui plaise. 

– Finalement : les préjugés. «La lecture c’est pour les solitaires», ce qui est très mal vu dans la société. «La lecture, c’est pour les filles». «Il n’y a que les premiers de la classe qui lisent», et ça c’est très mal vu aussi. Je suis certaine que vous en connaissez d’autres. Forcément, quand on voit que ce que l’on fait est perçu comme indésirable, on a tendance à s’en éloigner, surtout dans une période de construction de soi… Il n’y a pas de secret ; il faut éradiquer les préjugés. C’est difficile, mais je crois qu’en partageant nos lectures à travers les blogs, les réseaux sociaux ; bref, en montrant qu’on est là, ça ne peut qu’aider !

Il y a certainement beaucoup d’autres éléments qui font que certains jeunes n’aiment pas lire. Aussi, les solutions que je propose ne sont pas des solutions miracles, je le sais bien. Je sais que certains professeurs font lire autre chose que des classiques, et que, parfois, ça ne donne pas plus envie aux élèves de lire, mais essayons de rester positifs !

Suggestions de lecture :

Écoute la-Sarah Dessen (un extrait ici)

Un roman jeunesse qui aborde notamment les thèmes de l’amitié, de la solitude/du rejet, et des grandes difficultés. Accessible aux ados à partir d’environ 15-16 ans. Un roman qui prend en compte leurs douleurs, qui en touchera certains, et qui pourra en aider d’autres.

Couverture Ecoute-la

6 histoires de danse-Plusieurs auteurs (chronique de Comme une fleur)

Dans ce recueil, il y a six histoires ayant pour thème la danse. 6 histoires de… est en réalité une collection, et de nombreux livres sont disponibles. Il y en a pour tous les goûts (vétérinaires, pirates, football, équitation, etc.). Le but ? Sensibiliser les jeunes aux différents genres. Ainsi, dans chaque recueil, vous trouverez 6 genres : Humour, Sentiments, Policier, Science-fiction, Fait divers ou Histoire vécue et Fantastique ou Horreur. À partir de 10 ans, environ.

Couverture Comme une fleur

Hunger Games-Suzanne Collins 

Saga dystopique (on introduit donc un genre particulier), qui fait réfléchir à ce qui pourrait survenir dans le futur, qui contient de l’action (ainsi, aucun risque de s’ennuyer) et dont l’héroïne peut plaire, selon moi, autant aux garçons qu’aux filles. Le combo parfait, non ?

Couverture Hunger games, tome 1

Mots rumeurs, mots cutter-Charlotte Bousquet et Stéphanie Rubini 

Parce qu’on peut aussi faire lire des bandes dessinées aux jeunes, surtout quand elles sensibilisent au harcèlement 😉 Seul bémol : peu d’actions concrètes sont proposées.

Couverture Mots rumeurs, mots cutter

Mon petit cœur de pierre-Lucile Caron-Boyer

À partir d’environ 13 ans. Lucile Caron-Boyer raconte tout ce qui fait l’adolescence (les bons côtés, comme les moins bons) avec les mots justes.

Couverture Mon petit coeur de pierre

Sauveur & Fils-Marie-Aude Murail

Une histoire touchante, avec un petit garçon dont le papa est psychologue. Marie-Aude Murail nous décrit des situations malheureusement répandues. Peut-être que certains ados y trouveront du réconfort et/ou des solutions. L’envie de parler avec un psy, aussi, en cas de besoin.

Couverture Sauveur et fils, tome 1

Journal d’Anne Frank-Antoine Ozanam et Nadji

Pourquoi ne pas également faire découvrir des romans à travers leur adaptation en BD ? J’ai choisi le Journal d’Anne Frank, mais j’ai récemment découvert aussi Les Hauts de Hurlevent. Passer par un autre format peut être utile !

Couverture Journal d'Anne Frank

Dysfonctionnelle-Axl Cendres

Original, humoristique et profond, je crois que ce roman peut ravir de nombreux adolescents. Idéal pour parler de tolérance.

Couverture Dysfonctionnelle

La clé d’Oriane-Leslie Héliade

Pour faire découvrir le genre fantastique et faire plaisir aux fans de jeux vidéos, je n’ai pas trouvé mieux ! 

Couverture La clé d'Oriane

La camionnette blanche-Sophie Knapp

Pour aborder les traumatismes. Je vous invite à consulter ma chronique, qui contient une partie révélant un petit peu l’intrigue, pour en savoir plus. Un livre d’utilité publique. À partir de onze ans.

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Loula, la luciole qui ne brille pas-Stéphanie Pluquin

Un roman pour enfants, à partir d’environ 7 ans, voire moins, qui aborde le grave sujet du harcèlement scolaire. Un livre qui nous parle d’amitié, aussi. 

Autres façons d’aborder la lecture :

– Faire découvrir la lecture numérique, un support qui est utilisé de plus en plus tôt (que ce soit bien ou mal, c’est un autre débat !).

– Il y a aussi la lecture audio. On peut très bien avoir le livre sous la main en même temps ! On peut se procurer des livres avec CD, si l’audio seul ne convient pas.

– Pourquoi ne pas créer un livre ? Un beau challenge à réaliser avec les enfants, qui pourront écrire et dessiner une histoire qu’ils auront choisie !

 

À votre tour ! Quel lecteur étiez-vous pendant l’enfance et l’adolescence ? Avez-vous des lectures à suggérer ? Selon vous, pourquoi les élèves n’ont-ils pas/plus envie de lire, et comment faire pour les amener à s’ouvrir à la lecture ? 

 

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